Posterous theme by Cory Watilo
Laure Choain

Présumé Coupable

J’ai 65 ans, je souffre de dépression, je ne travail pas et je vie seule. Personne ne m’appelle, personne ne vient chez moi, je n’ai pas internet (je ne saurais pas m’en servir de toute façon) et je n’ai pas de réseau social “physique”: famille, d’enfants, d’amis, de collègues... Avec les voisins on se dit “bonjour” et et on parle du temps qu’il fait mais ça s'arrête là. Il faut être honnête, quand on vit seul on devient un peu “sauvage”, on ne sait pas comment s’y prendre avec les gens et on se renferme. je n’oserais jamais inviter quelqu’un chez moi par exemple; d’ailleurs pourquoi viendraient-ils?
Alors je sors acheter ma baguette et j’échange une phrase ou deux avec ma boulangère. Elle est très souriante et elle a toujours un mot gentil. J’aime aussi faire la queue au minimarket du coin; ça me permet quelques fois d’échanger quelques mots... Je sais, en générale les gens n’aiment pas faire la queue mais moi j’ai tout mon temps. Dans la rue, il m’arrive de complimenter une maman sur son joli bébé, ou de caresser un chien, et du coup on s’échange quelques phrases. C’est sympa.
Je pourrais sortir a n’importe le quel moment de la journée, mais je préfère sortir ver 16:30. C’est l’heure de la sortie de l’école du coin. J’aime qu’il y ait un peu de monde, les gens parlent entre eux, les enfants rient et se chamaillent; il y a de la vie et ça me change de mon appartement vide, de ma télé pleine de haine et de violence. J’aime juste regarder tout ce brouhaha. C’est comme si j’en faisais parti pendant quelques minutes, même quelques fois on me fait un sourire, un petit signe de la tête parce qu’on me voit là tous les jours.
Mais voilà, avec tous les faits divers dont on entend parler, qui font si peur, c’est moi qui fait peur. On a crû que je voulais faire du mal, surtout que je voulais m’en prendre aux enfants... C’est la peur des gens qui m’a tué, et je suis devenu un “fait divers” à mon tour.



Cette histoire est inventé mais avec des éléments d’un fait réelle. l’innocence ou la culpabilité n’est pas la question ici. Simplement ce climat de manque de confiance envers l’autre, voire de haine carrément, qui règne et qui se propagent par la politique d’aujourd’hui me chagrine. L’impression que j’ai c’est que nous sommes tous des présumés coupables. Il n’y a pas de confiance. Il n’y a pas d’innocence. Où se trouve la France avec sa liberté, son égalité et sa fraternité?  Pays des droits de l’homme? Je garde espoir qu’elle relèvera la tête fièrement un jour en 2012.